Jour 24/80 — Gare d’autocars

Le tour de Londres en 80 jours

En ces temps d’incertitude, j’ai besoin d’une ligne de vie, d’un horizon ; j’ai donc — de façon quelque peu arbitraire, je l’admets — fixé une date. Le 1er avril sera mon horizon ; et ma ligne de vie, les 80 jours qui m’en séparent.

Et comme le temps n’est pas aux tours du monde, je vous propose un « Tour de Londres en 80 jours » : Quatre-vingt impressions de Londres, quatre-vingt histoires, lieux, pensées issu(e)s de mon expérience de cette ville formidable et affolante.

Jour 24 : Gare d’autocars

La gare de bus de Victoria est l’endroit le plus impossible à trouver à Londres. Bon, d’accord, peut-être pas le plus impossible — Londres est pleine de lieux secrets et difficiles à trouver ; ça fait son charme, après tout ! Mais de tous les lieux publics fléchés qui soient, la gare d’autocars de Victoria est la plus impossible à trouver.

Je ne comprends pas comment les touristes parviennent à attraper leur car à temps. Je présume que ces jours-ci, ils s’aident de technologies modernes ; mais comment donc y arrivaient-ils avant l’arrivée des smartphones ?! Je ne comprends pas.

D’ailleurs, quand j’émerge de la station de métro Victoria le matin en allant au boulot, je jette toujours un œil autour de moi, au cas où. Et lorsque je repère quelques touristes confus qui, confirmation de réservation à la main, cherchent désespérément à comprendre la géographie des lieux, je me porte à leur secours : « Non, ce n’est pas par là, ça c’est la gare de trains, et vous cherchez la gare de bus. Non, ceci c’est le métro, ça s’appelle aussi « station » mais c’est autre chose. La gare de bus est à environ 15 minutes d’ici — dix si vous avez de grandes jambes… Je sais, ce n’est pas très clair mais faites-moi confiance, je suis guide touristique, et c’est là que je vais. Suivez-moi. » Et ils me suivent.

Je les comprends ; moi aussi je me suis souvent perdue en cherchant cette fichue gare de bus. Plus maintenant, bien sûr. Plus depuis que je suis guide sur des day-trips autour de Londres.

Je ne pensais pas tellement aimer ces journées en autocar. De grands groupes, peu d’interaction. C’est du moins ce que je pensais. Mais au contraire : les tours en car sont comme une aventure. On part tôt, on revient tard, et au cours de ces douze ou treize heures de voyage, des liens se créent entre nous tous : les touristes, moi-même et le chauffeur du bus.

On n’attache souvent que peu d’importance à ces chauffeurs. Et pourtant ils sont un élément crucial de toute visite guidée motorisée. Un bon chauffeur change tout, et améliore la journée pour tout le monde, guide et groupe.

J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs de ces « super chauffeurs » et me suis même liée d’amitié avec certains d’entre-eux. Des chauffeurs qui m’ont vraiment aidée dans des situations difficiles, qui m’ont rassurée dans des journées stressantes, qui étaient chaleureux avec les touristes, qui me racontaient leurs propres histoires sur les lieux que nous visitions ; des chauffeurs qui conduisaient prudemment, qui étaient patients avec les retardataires, qui travaillaient vraiment avec moi, en équipe. Et c’est pourquoi j’aurai toujours une tendresse particulière pour l’invisible et glaciale gare d’autocars de Victoria.

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